Comment réconcilier l'homme, trop humain, et l'entreprise, transhumaine?

Les entreprises sont en quelque sorte transhumaines. Elles équipent leurs employés de prothèses technologiques pour plus de performance et leur substituent des robots quand c'est possible. Dans ces circonstances, comment l'entreprise peut-elle prétendre à la loyauté et à l'engagement de ses collaborateurs? Comment dans ces conditions réconcilier l'homme, trop humain, et l'entreprise, transhumaine?

Alors que le transhumanisme fait débat parmi les hommes, il est une réalité dans le monde de l'entreprise. Les personnes morales sont d'ores et déjà transhumaines. Les robots ont envahi les chaînes de production. L'homme augmenté est une réalité ; bardé d'équipements électroniques afin d'améliorer sa productivité. Les systèmes d'information régulent les flux et commandent en quelque sorte aux hommes.

 

Bien sûr il y a les concepteurs, les créateurs de ces machines. Ce qui fait dire à certains que la théorie du grand remplacement ne tient pas la route, et qu'il nous faudra toujours davantage d'ingénieurs. Que si substitution il y a c'est celle des métiers pénibles par des métiers valorisants. Ce à quoi d'autres rétorquent qu'un jour il ne sera plus nécessaire de disposer de cohortes d'ingénieurs, eux-mêmes finissant d'être utiles, remplacés par des intelligences artificielles...

 

Que le grand remplacement soit à long terme une réalité ou non, il est indéniable que la substitution, elle, opère dès à présent et crée au sein des entreprises, si ce n'est des tensions, à minima des inquiétudes. Comment en effet occulter quand on est manutentionnaire l'hypothèse de la disparition de son job à mesure que les machines investissent le lieu de travail :

 

 

Mais peut-on tourner le dos aux innovations technologiques? Evidemment non. Ce serait la mort prématurée de l'entreprise, distancée par ses concurrents rendus plus performants grâce à la technologie.

 

Comment dans ces conditions réconcilier l'homme, trop humain, et l'entreprise, transhumaine?

 

Au fond la question posée aux organisations est la même que celle que se pose D.Balavoine dans sa chanson SOS d'un terrien en détresse : «Pourquoi je vis, pourquoi je meurs?» Cette question existentielle, les entreprises ne l'abordent pas car elles ont une réponse toute faite à leur disposition : «pourquoi je vis? pour faire du profit!» Et pourtant...

 

Et pourtant, en ne se posant pas sérieusement la question du «pourquoi» de leur existence, les entreprises négligent ce qui relève spécifiquement de l'homme. Ce faisant, elles le nient dans sa dimension la plus noble et le ravalent au rang d'automate. Suivant cette logique, il est «normal» que les manœuvres soient aujourd'hui remplacés par des robots. Comme il est «normal» que les conseillers de clientèle soient remplacés par des chatbots. Comme il est «normal» que des employés soient pucés. Comme il sera peut-être «normal» à l'avenir de leur greffer des implants, sous réserve de leur «consentement», pour qu'ils communiquent plus aisément avec les machines.

 

Ce n'est pas être technophobe de dire cela. C'est simplement dérouler jusque dans ses ultimes conséquences la boucle logique qui est à l'œuvre et qui veut que l'entreprise n'aborde pas les questions proprement humaines. En cela, elles restent inhumaines, même si elles enregistrent par ailleurs de constants progrès, sur les conditions de travail par exemple. Des progrès certes, mais à la marge, non essentiels car le but principal reste toujours et encore la maximisation d'indicateurs clés, parmi lesquels le Chiffre d'Affaires et le niveau de rentabilité. Ce qui est bien loin des préoccupations essentielles des hommes qui eux, dans leur grande majorité, n'ont pas pour ambition d'accroître indéfiniment leur tour de ventre. Dit avec les mots de Saint Ex :

J'ai toujours appris à distinguer l'important de l'urgent. Car il est urgent, certes, que l'homme mange, car s'il n'est pas nourri il n'est point d'homme et il ne se pose plus de problème. Mais l'amour et le sens de la vie et le goût de Dieu sont plus importants." Citadelle - Saint-Exupéry

En ne se saisissant pas de ces questions proprement humaines, les entreprises privent leurs collaborateurs du meilleur de la vie et du même coup se privent du génie, de l'engagement et de l'esprit de sacrifice des hommes.

 

En se saisissant de ces questions d'ordre existentiel, les entreprises ne tournent pas pour autant le dos aux progrès technologiques. Mais ceux-là sont mis au service des hommes, et de ceux d'abord de l'entreprise. Et si ces derniers voient que la survie de l'entreprise est en jeu et qu'il n'est pas d'autre alternative que le remplacement d'opérateurs humains par des robots, ils favoriseront leur déploiement plutôt que de les regarder d'un mauvais œil.

 

Réconcilier les hommes et l'entreprise transhumaine est possible à condition que celle-ci fasse droit à ce qui dans l'homme ne relève pas de la machine.

 

 

 

 

 

"Pourquoi je vis, pourquoi je meurs... Je ne suis pas un robot" SOS d'un Terrien en détresse - Daniel Balavoine

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