Je suis Nauru, une île à la dérive

Nauru est une île de 21 km2 en plein milieu du pacifique. Elle est aussi le plus petit Etat du monde. Son histoire récente est un miroir tendu à l'humanité : grandeur et décadence... Son destin préfigure celui de la planète. A moins que...

Connaissez-vous Nauru? Une île perdue en plein Pacifique. Un pays aussi. Le plus petit au monde et qui un temps avait le second plus gros revenu par habitant de la planète, derrière l'Arabie Saoudite.

 

Peu de gens connaissent l'histoire de cette île. Et pourtant elle gagne à être connue tant elle préfigure le destin de notre planète. Un excellent documentaire , disponible sur Youtube, lui a été consacré par Thalassa. Je vous engage vivement à le regarder. Il ne dure que 30 minutes. Il est proprement saisissant.

 

 

 

Saisissant tant nous pouvons faire de parallèles avec ce que nous vivons au niveau de la planète : surexploitation des ressources, déforestation, investissements hasardeux et parfois mafieux, clientélisme politique, insouciance et aveuglement des habitants,... Tout y est. Sauf que là-bas, tout s'y déroule à une vitesse grand V. Aussi l'île est-elle passée d'une prospérité indécente à une grande pauvreté en l'espace d'un demi siècle. Grandeur et décadence en accéléré, en raison de l'exiguité de son territoire et donc de ses ressources en phosphate qui ont fait sa richesse avant que le "filon" ne s'épuise.

 

Habitants de la Terre, nous sommes nous aussi sur une île à la dérive. Remplacez le phosphate par le pétrole et vous avez Nauru à la puissance 7. A peine 7... 6,6 plus précisément. Car les 21 km2 de Nauru élevés à cette puissance, cela représente la superficie du globe. Finalement la Terre n'est pas si grande ; ses ressources sont plus limitées qu'on ne le pense machinalement.

 

Nauru

L'île de Nauru, grande de 21 kms2

 

Nauru, c'est un miroir qui nous est tendu et qui permet de prendre conscience de ce qui se joue au niveau planétaire. Un miroir qui permet aussi de comprendre les mécanismes qui nous empêchent d'imaginer un autre devenir commun que celui de la rareté généralisée, voire de la misère.

 

Le documentaire montre que la responsabilité se situe à tous les niveaux. L'inconséquence est partout : chez les politiques, les hommes d'affaires, les habitants. Car chacun poursuit ce qu'il croit être son intérêt propre. Ce faisant il croit se satisfaire. Mais en vain. Aussitôt satisfait, l'appétit revient, plus grand qu'auparavant. Il en faut plus, toujours plus pour être rassasié. Car nous ne savons que confusément ce que nous désirons vraiment. Les désirs qui nous assaillent, et que nous savons nommer, ne sont pas les nôtres mais ceux que d'autres ont imaginés à notre place. Ce sont les désirs qui nous sont vendus lors de notre "temps de cerveau humain disponible", selon la formule rendue célèbre par P. Le Lay. Des sollicitations qui nous éloignent de notre désir essentiel qui est de devenir.

 

Time square - L'être ou le néon

 

Mais devenir quoi ? En l'absence de réponse évidente à cette question, c'est le modèle "prêt-à-penser" consumériste qui s'impose naturellement. Seule une population éduquée, clairvoyante sur les conséquences à long terme du mode de vie consumériste et sachant définir ce qu'est son "utile propre" (et non celui susurré par les publicitaires et les lobbies), peut résister aux sirènes de la société de consommation.

 

Si donc la République de Nauru avait mis en place une politique d'éducation ambitieuse, si elle avait cherché à éclairer ses administrés sur les conséquences de leur mode de vie, et enfin si elle avait encouragé les citoyens à s'investir dans le développement harmonieux de leur île, il est vraisemblable que le sort de sa population serait aujourd'hui plus enviable.

 

 

Le reportage de Jérôme Laurent se termine sur ces mots :

Creuser, creuser encore mais jusqu'où? Nauru, juste un fragment d'humanité...

Creuser, oui. Mais creuser aussi le sens de cette agitation.

 

L'intérieur des terres de Nauru ; reflet de notre  intériorité ?