J'honore mes collègues autant que je m'honore moi-même

"La justice (...) est d'honorer le dépositaire à cause du dépôt. Autant que je m'honore moi-même. Car il reflète la même lumière. Aussi peu visible qu'elle soit en lui. La justice est de le considérer comme véhicule et comme chemin. Ma charité c'est de l'accoucher de lui-même." Citadelle - Saint-Exupéry

 

Il est des collègues que j'apprécie moins que d'autres. Il en est même que je n'apprécie guère. Ceux-là, Saint-Ex aura beau dire, j'aurai du mal à déceler en eux ce petit dépôt de lumière qui me les ferait aimer. Intellectuellement parlant, ce que dit Saint-Ex est juste : il est vraisemblable que le pire de mes collègues n'est pas un être totalement obscur. Lui aussi est capable sans doute de nobles sentiments, ne serait-ce qu'envers ses enfants?! Certes il s'en montre avare envers moi au travail. Mais l'obscurité dont je l'accable n'est-elle pas le reflet de ma propre cécité?

 

Aussitôt que je pense cela, une part en moi se révolte : Ah non! Je ne vais pas en plus culpabiliser de ne pas l'aimer! Intellectuellement, Saint-Ex a peut-être raison, mais "le cœur a ses raisons que la raison ignore"! Tout en moi s'y refuse : c'est épidermique! Je n'aime pas ce collègue et il ne sert à rien de me contraindre à l'apprécier! Quand bien même je  parviendrais à lui trouver quelques qualités. C'est plus fort que moi...

 

C'est toute la différence qu'il y a entre Comprendre et Connaître. Pour faire des mathématiques, il suffit de Comprendre grâce à l'Intellect. Mais en matière de relations humaines, il faut Connaître. C'est-à-dire comprendre avec le cœur, autrement dit : en en faisant l'expérience sensible! Je ne peux aimer quelqu'un sans le Connaître. Co-naître, c'est naître avec. Je ne peux aimer quelqu'un sans que je naisse un peu de lui. Sans qu'il m'apprenne un peu sur moi. Le connaître, c'est me connaître. Déceler la lumière en lui, c'est d'abord faire l'expérience sensible de la lumière en moi. Comment je m'aime? D'un amour rabougri ou d'un amour véritable? D'un amour sentimental et immature ou d'un amour authentique? D'un amour sous condition ou d'un amour sans condition?

 

Peut-être en effet que je m'aime sous condition d'excellence et que cela explique mon intransigeance à l'égard des autres. Peut-être que j'honore en moi certaines de mes qualités humaines et professionnelles mais que je ne m'honore pas sans condition, c'est-à-dire avec mes qualités et mes faiblesses. Peut-être que si je faisais l'expérience sensible de cette lumière qu'évoque Saint-Ex et dont je suis dépositaire, peut-être en effet que je me sentirais aimé d'un amour indéfectible. Et peut-être qu'alors, ayant accouché de moi-même, de ma véritable nature, je me considérerais comme véhicule et comme chemin vers...

 

Peut-être.

 

 

 

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