"Manager paradoxal" ?

Cette image pour illustrer les deux pulsions contradictoires qui nous animent : une pulsion égoïste, égocentrique, protectrice à l'égard des agressions extérieures ; et une pulsion d'amour, généreuse et altruiste. Ces deux pulsions contraires, rassemblées en nous et par nous, font que nous sommes si souvent confrontés à des situations paradoxales, que nous cherchons notre vie durant à dépasser. Le management paradoxal prend en considération cette nature duelle de l'homme et cherche en permanence à concilier les contraires qui s'expriment au sein de l'organisation par une opération de sublimation, une troisième voie, qui donne force et unité au collectif.

Vivre, c'est surmonter des contradictions. Au premier rang desquelles la contradiction entre la pulsion de survie de l'individu et sa pulsion d'accomplissement. La première est égoïste, la seconde est altruiste. La première est protectrice, la seconde est courageuse. Pour concilier ces deux pulsions antagonistes, il n'est pas d'autre possibilité, sauf à refouler l'une d'entre-elles - et donc à en pâtir -  que de les sublimer. Les sublimer, c'est-à-dire les concilier au nom de quelque chose de plus grand que soi.

 

Ce plus grand que soi prend de multiples formes. Pour certains, ce sera d'abord et avant tout la famille, pour d'autres le pays et sa culture. Pour d'autres encore, la science, ou le beau, ou la bonté, ou Dieu...

 

Mais dans un monde où les familles sont disséminées, où les frontières économiques n'existent plus et les cultures s'uniformisent, où le progrès technologique accélère l'obsolescence des individus eux-mêmes, où le beau a fait place à l'utile, où la bonté est sujette à caution et où l'idée de Dieu vacille, l'individu a de plus en plus de mal à distinguer dans le paysage un "plus grand que soi" auquel se vouer.

 

Ce plus grand que soi, désormais l'homme semble le chercher au-dedans de lui, en témoigne le succès des ouvrages sur le développement personnel, l'engouement pour les pratiques méditatives et le renouveau de la pensée magique. L'homme ayant perdu ses repères collectifs, il n'a pas d'autre choix que de s'armer pour affronter, seul, le monde et la vie. Avec bien sûr à la clé de grandes déconvenues car l'homme est vulnérable. Il a beau avoir travaillé sur lui-même, s'être «bodybuildé» le corps et l'esprit, il fait tôt ou tard le constat de son impuissance face aux évènements. Il comprend la nécessité vitale d'appartenir à un collectif lui permettant d'affronter les dangers qui le menacent.

 

Dès lors, on comprend pourquoi l'homme n'est jamais autant lui-même - et donc heureux - que situé au sein d'un collectif auquel il contribue, et dont il reçoit en retour protection et au sein duquel il peut s'épanouir.

 

Le management paradoxal consiste justement à faire de l'entreprise ce collectif, ce "plus grand que soi" auquel l'homme aurait véritablement envie de se subordonner.

 

Paradoxal tant il est vrai que l'entreprise a été longtemps le théâtre de la lutte des classes, avec l'idée que la "tête" dirigeante et le "corps" social sont ennemis.
Paradoxal dans la mesure où la pensée économique est encore largement formatée par la pensée de Milton Friedman selon lequel "l'unique responsabilité sociale de l'entreprise est d'accroître ses profits" et non pas de permettre l'épanouissement des collaborateurs.
Paradoxal car dans une économie hyper-concurrentielle où les délocalisations et la robotisation sont devenues la règle, on voit mal comment l'entreprise pourrait encore assurer protection et sécurité de l'emploi à ses employés.

 

Mais paradoxal en apparence seulement. Car il existe une troisième voie qui permet de concilier ces contradictions : la voie du compossible, explicitée ici. Une voie qui fait reposer la croissance de l'entreprise sur celle de ses parties prenantes, au premier rang desquelles ses collaborateurs. Et qui fait que ces derniers sont naturellement amenés à considérer leur entreprise comme ce "plus grand que soi", ce "comme-un" et à s'engager auprès d'elle pour qu'elle prospère et ainsi leur assure protection et rayonnement.