Pas d'innovation sans d'abord cultiver la ferveur

"L'homme, c'est d'abord celui qui crée. (...) Créer, c'est manquer peut-être ce pas dans la danse. C'est donner de travers ce coup de ciseau dans la pierre. Car tu ne peux partager l'homme, et si tu sauves seuls les grands sculpteurs tu seras privé de grands sculpteurs. Qui serait assez fou pour choisir un métier qui donne si peu de chances de vivre ? Le grand sculpteur naît du terreau de mauvais sculpteurs. Et la belle danse naît de la ferveur à danser. Et la ferveur à danser exige que tous dansent. N'invente point d'empire où tout soit parfait. Invente un empire où simplement tout soit fervent." Citadelle - Saint -Exupéry

 

Il n'y a pas que les artistes ou les ingénieurs qui créent. Nous créons tous en permanence. Nous aimons ordonner, relier les éléments et les événements entre-eux. Nous sommes des créateurs de liens. Nous aimons comprendre. Nous aimons faire sens. C'est une pulsion biologique qui nous permet de mieux nous orienter, de mieux surmonter les obstacles. Et c'est ainsi que nous progressons, que nous évoluons dans l'espace et dans le temps.

 

Et bien sûr, nous avons appris en faisant de nombreuses erreurs. Apprendre à marcher cela comporte nécessairement le déséquilibre et parfois la chute. De même que le pilote automatique de l'avion dans le ciel trace une ligne droite qui semble absolument parfaite... mais au prix d'incessantes micro-corrections de trajectoire! Créer, c'est avancer d'erreur en erreur, et se corriger. La perfection n'existe qu'à une certaine distance, qu'à une certaine focale. La création est nécessairement tâtonnante. Elle boitille. Elle cherche son chemin. Elle est la fourmi qui s'éloigne de la colonne. Vu de haut, on ne distingue pas la fourmi dissidente. On ne voit que la colonne. Mais sans la fourmi dissidente, point de nouvelle colonne. Il faut donc laisser la fourmi dissidente s'aventurer hors des sentiers battus. Non seulement la laisser expérimenter en toute liberté mais aussi accepter qu'elle échoue.

 

Mais on aurait tort de croire qu'encourager la création ou l'innovation se borne à laisser les individus expérimenter de nouvelles voies et accepter qu'ils échouent. Il est une étape à franchir avant. Pour illustrer cette étape, il faut imaginer l'eau qui dévale une pente. L'eau, comme les fourmis, finit toujours par se frayer un chemin à travers les obstacles. Elle est persévérante. A condition toutefois d'avoir créé la pente! Sinon l'eau stagne. De même l'innovation. Pour que la créativité puisse s'exprimer, il faut à la fois laisser des interstices de liberté, mais aussi et avant tout créer la pente, c'est-à-dire fortifier la persévérance par un surcroît de ferveur.

 

En théorie, c'est facile car l'homme ne désire rien moins que s'échanger contre plus grand que lui-même, nous dit Saint-Ex. En théorie sans doute, mais en pratique? Comment s'y prend-on pour créer la pente dans votre entreprise?

Vous souhaitez recevoir d'autres articles comme celui-là directement dans votre messagerie? Rien de plus simple! Rendez-vous sur la page La mouche du Coach pour en savoir plus.