Si 24% de vos cellules vous étaient hostiles, que feriez-vous?

Selon une étude sérieuse portant sur 147 pays, 24% des salariés sont activement désengagés, c'est-à-dire hostiles à leur société! Si 24% de vos cellules vous étaient hostiles, que feriez-vous? Vous iriez sans doute d'urgence consulter un spécialiste. Mais s'agissant d'une personne morale, que faire?

24% des salariés sont activement désengagés, selon la très sérieuse étude Gallup 2013 "State of the global workplace". Cela signifie qu'ils sont hostiles à leur organisation. Si 24% de vos cellules vous étaient hostiles, sans doute iriez-vous sans tarder chez le médecin.

 

Mais il n'y a pas de médecin pour les personnes morales. Heureusement, le diagnostic est facile à établir : il suffit pour cela de s'entretenir avec les collaborateurs de l'entreprise. Très rapidement les langues se délient.

 

Mais beaucoup d'entreprises font la sourde oreille aux "maux" de leurs collaborateurs. Sans doute la peur du chaos dissuade-t-elle les entreprises de prêter une attention trop grande aux revendications de leurs employés. Peur aussi de libérer une parole qui pourrait se révéler dérangeante. Des peurs parfois justifiées mais qui, parce qu'elles ne sont pas affrontées, enveniment le climat de l'entreprise. Les tensions, les conflits sont tus et débouchent inévitablement sur des non-dits, des commérages, des alliances qui à la longue dégénèrent en affrontements stériles.

 

Pourtant, le conflit porte en lui le renouveau.

 

Tous les conflits sont d'abord des conflits vécus intérieurement, entre :

- d'une part l'idée que l'on a de soi, des autres et du monde

- et d'autre part une image idéale de soi, des autres et du monde.

 

C'est cette tension, fondamentalement saine parce qu'elle pousse à vouloir mieux pour soi et pour les autres, et qu'on appelle aussi désir, qui fait que l'homme est paradoxalement "souvent contraint, voyant le meilleur, de faire le pire" (Ethique, IV, Préface - B.Spinoza). Car nous voudrions tous que les autres pensent et se comportent comme nous-mêmes1,

 

Image de personnes toutes identiques

 

ce qui ne manque pas de créer des conflits interpersonnels, les autres n'en faisant décidément qu'à leur tête...

 

Image d'un dialogue de sourds

Pour dépasser cette contradiction (qui résulte de notre processus d'individuation) et faire que les collaborateurs se procurent une aide mutuelle et joignent leurs forces dans le sens de leur intérêt commun,

 

Image d'un haka

un double effort doit être entrepris :

 

- Premièrement, un effort d'élucidation et de compréhension des motifs qui sous-tendent nos comportements. Ce travail débouche sur une meilleure connaissance de soi.

Ce premier travail permet d'apaiser les tensions entre collègues, tant il est vrai que «plus nous nous enfonçons dans notre moi particulier et unique à la recherche de notre identité individuelle, plus nous trouvons l'espèce humaine tout entière.» (Carl Rogers, cité par A.Maslow dans Être humain). Les conflits ne dégénèrent plus en affrontements. Des situations bloquées se dénouent et débouchent sur de nouveaux agencements, porteurs de plus de synergies.

 

- Deuxièmement, un effort consistant à donner du sens au travail de chacun. Ce n'est pas une affaire de contenu : il ne s'agit pas d'enrichir les tâches pour rendre le travail plus intéressant ou moins pénible. Il s'agit de situer le travail de chacun dans un devenir. Un devenir qui fasse sens à la fois pour la personne et pour le collectif. Un devenir porteur d'un mieux, d'un progrès par rapport à la situation présente.

 

C'est ce double effort qui permet de sublimer les conflits, d'en faire des matériaux de croissance à la fois pour les collaborateurs et pour l'entreprise.

  • 1. "La nature est ainsi faite que chacun désire que les autres vivent selon sa propre constitution." Spinoza - L'Ethique, Préface de la partie IV